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Une coupure de combustible arrête-t-elle vraiment un feu ?

Une coupure de combustible laissée seule n'arrête le feu que dans 6,66 % des cas. Avec des équipes au sol qui s'y appuient, le taux monte à 76,7 %. Une coupure n'est donc pas une barrière, c'est un appui de manœuvre : sans personne pour la tenir, elle sert peu.

Que valent les coupures de combustible ?

Les études sur feux réels séparent quatre situations, et l'écart entre elles est considérable.

SituationLe feu est arrêté
Coupure seule, sans lutte6,66 %
Coupure avec appui aérien seul15,9 %
Coupure avec équipes au sol76,7 %
Coupure avec appui combiné sol et air77,2 %

Le passage de 6,66 à 76,7 % ne vient pas de la coupure, il vient des équipes. C'est le résultat le plus contre-intuitif de la littérature : la largeur compte moins que la présence humaine.

Quelle largeur faut-il ?

Les largeurs efficaces mesurées et les largeurs franchies sont proches : 17,3 mètres en moyenne pour les coupures qui tiennent, 13,1 mètres pour celles qui sont franchies. Quatre mètres d'écart séparent le succès de l'échec, ce qui montre que la largeur n'est pas le facteur déterminant.

Ce qui décide, c'est la hauteur de flamme. Sous 1,2 mètre de flamme, la coupure tient dans tous les cas relevés. Entre 1,2 et 3,3 mètres, une largeur supérieure à 6,5 mètres suffit dans 92,2 % des cas. Au-delà, aucune largeur raisonnable ne garantit l'arrêt, parce que le feu passe par projection de braises et non par contact.

Les référentiels étrangers vont de 3 à 200 mètres selon la pente et la végétation. Le Québec a ouvert après 2023 une coupure de 200 mètres sur 30 kilomètres.

Avec quels engins, et à quel coût ?

EnginCoût horaireCoût journalier
Gyrobroyeur sur tracteur80 à 110 €650 à 900 €
Broyeur forestier tracté110 à 160 €900 à 1 300 €
Bulldozer D6 avec chauffeur130 à 180 €1 000 à 1 400 €
Pelle 20 tonnes avec tête de broyage140 à 200 €1 100 à 1 600 €
Chantier en peuplement dense200 à 450 €1 600 à 3 600 €

Rapporté à la surface, le traitement va de 1 000 à 2 000 euros l'hectare en lande claire, et de 2 000 à 4 000 euros en végétation arbustive dense. Une bande de cent mètres de large sur un kilomètre représente dix hectares, donc entre dix mille et quarante mille euros pour un seul kilomètre, entretien non compris.

La filière existe dans la région : entreprises de travaux forestiers, de travaux publics et de terrassement, coopératives forestières. Le facteur limitant n'est pas la disponibilité des engins mais celle des chauffeurs formés au travail en peuplement.

Combien de temps un camion peut-il arroser ?

Beaucoup moins qu'on ne l'imagine. Le camion-citerne le plus répandu emporte 4 000 litres et sa lance-canon débite 500 litres par minute : la citerne est vide en huit minutes d'arrosage continu.

Le reste du cycle est du trajet et du remplissage. Avec la densité actuelle de points d'eau, un point pour environ 320 hectares, l'espacement moyen ressort à 1,8 kilomètre, soit un aller-retour de quatre à cinq minutes sur piste, auquel s'ajoutent quatre à huit minutes de remplissage.

Cycle completDont arrosagePart utile
16 minutes, conditions favorables8 minutes49 %
20 minutes, remplissage lent8 minutes39 %

Un camion passe donc la moitié à deux tiers de son temps à ne pas arroser. La Gironde compte 160 de ces engins. À pleine mobilisation, le débit réellement délivré se situe entre 31 et 44 mètres cubes par minute, et non les 80 que donnerait un calcul sans temps mort.

Doubler la densité de points d'eau ferait passer la part utile de 44 à 47 %, soit environ 12 % de débit gagné à flotte constante. C'est moins spectaculaire qu'acheter des camions, mais bien moins cher.

Peut-on détecter un départ plus tôt ?

Les dispositifs de drone à caméra infrarouge pilotés par un modèle détectent environ deux fois plus vite qu'une surveillance par guetteurs, et réduisent la surface moyenne au moment de la première intervention. Des systèmes autonomes annoncent une détection suivie d'une première extinction en douze minutes.

L'infrarouge voit la chaleur à travers la fumée, ce que la caméra visible ne fait pas. Couplé à des stations de vent et d'hygrométrie au sol, il alimente un calcul de risque local plutôt qu'un indice départemental. Le matériel de mesure est peu coûteux ; le coût réel est celui de l'installation, de l'alimentation et de la transmission en zone forestière.

La nature du sol entre dans ce calcul. Les sables des Landes drainent vite et portent un pin maritime continu, alors que les marais et les tourbes du Médoc gardent l'eau mais peuvent brûler en profondeur pendant des semaines. La carte de la page d'accueil porte une couche géologique qui montre ces différences.

Ce que cette page ne dit pas

Les taux d'efficacité viennent d'études sur feux réels menées hors de France, dans des végétations et des reliefs différents. Les coûts sont des ordres de grandeur de marché, hors foncier et hors entretien, alors que l'entretien conditionne l'efficacité d'une coupure sur la durée. Le cycle des camions est calculé, pas chronométré sur intervention.