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Accueil › Climat et investissement

Le réchauffement fait-il monter les budgets des pompiers ?

Le nombre de jours à 30 degrés ou plus explique une bonne part des surfaces brûlées, avec une corrélation de 0,68 sur onze ans. Le budget du service d'incendie, lui, ne suit ni le climat ni les surfaces brûlées : la corrélation tombe entre moins 0,15 et 0,03. Les dépenses de véhicules passent de 8,88 millions d'euros en 2017 à 0,77 en 2025, soit une baisse de 85 % pendant que le budget total monte de 17 %.

Que disent onze ans de données ?

AnnéeJours à 30 °C ou plus Hectares brûlés en FranceBudget SDIS 33, M€Investissement, M€ Dont véhicules, M€
20152433 160170,3185,69
20162430 037182,723,16,8
20173072 976181,224,18,88
20182511 100181,525,47,6
20193792 497195,936,13,22
20202431 36519633,91,17
20211437 11820439,30,72
20224296 205213,633,10,98
20232434 971225,945,30,9
20241112 644223,339,11,1
20253928 288214,933,70,77

Le climat explique-t-il les surfaces brûlées ?

En partie, et pas par la moyenne. La température moyenne annuelle ne corrèle qu'à 0,28 avec les surfaces brûlées, ce qui est faible. Le nombre de jours à 30 degrés ou plus corrèle à 0,68, ce qui est fort. Ce n'est donc pas le réchauffement moyen qui brûle, ce sont les épisodes chauds répétés qui assèchent le combustible.

Les deux années les plus chaudes de la série, 2022 et 2025, comptent 42 et 39 jours à 30 degrés ou plus, contre 11 pour 2024. Mais 2025 n'a brûlé que 28 288 hectares : la chaleur est une condition, pas une cause suffisante. Il faut encore une mise à feu et du vent.

Le budget suit-il le risque ?

Non. Sur la même période, la corrélation entre le nombre de jours chauds et le budget total du service d'incendie de la Gironde vaut moins 0,02. Avec l'investissement, moins 0,15. Avec les surfaces brûlées, 0,03. Ces valeurs sont proches de zéro : le budget ne réagit ni au climat, ni à ce qui a brûlé l'année précédente.

Le budget n'est pas immobile pour autant. Il monte de 17 % entre la première et la seconde moitié de la décennie, et l'investissement de 48 %. Ce sont donc des hausses réelles, mais décidées sur d'autres critères que le risque incendie.

Où va l'argent, alors ?

Pas dans les véhicules. La ligne d'équipement en véhicules passe de 8,88 millions d'euros en 2017 à 0,72 million en 2021, et ne remonte pas : 0,77 million en 2025. La baisse atteint 85 % entre les deux moitiés de la décennie, pendant que l'investissement total progresse de 48 %.

Le feu de Landiras en 2022 n'inverse pas la courbe. L'année suivante, 2023, porte le plus gros investissement de la série avec 45,3 millions d'euros, dont 0,90 million en véhicules.

Ce que cette étude ne prouve pas

Onze points de mesure, c'est peu. Une corrélation proche de zéro sur onze ans ne prouve pas une absence de lien, elle montre qu'aucun lien fort n'apparaît sur cette durée.

Les surfaces brûlées sont nationales quand le climat est mesuré à Bordeaux : le rapprochement vaut pour l'ordre de grandeur, pas pour une causalité locale. Un budget se décide aussi sur des logiques de masse salariale, de dette et de construction, que ce tableau ne montre pas. Enfin, une ligne d'équipement en véhicules basse peut traduire un report d'achat plutôt qu'un renoncement.

Sources

Températures : archive Open-Meteo au point de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, relevés quotidiens de 2015 à 2025. Surfaces brûlées : Global Wildfire Information System de Copernicus. Comptes du service d'incendie : Observatoire des finances et de la gestion publique locales, jeu ofgl-base-sdis, construit sur les balances comptables de la direction générale des finances publiques, numéro 283300028. Corrélations calculées par coefficient de Pearson sur les séries annuelles.